Surveillance de tous les instants : bienvenue dans la société panoptique !

panopticon

Prison Presidio Modela, construite à Cuba entre 1926 et 1928 par le dictateur Gerardo Machado. (photographe inconnu)

Panopticon

Le Panopticon est un modèle de prison créée par l’anglais Jeremy Bentham à la fin du XVIIIème siecle. C’est à partir de plans d’usines qu’il a eu l’idée d’adapter les procédés architecturaux favorisant la surveillance des ouvriers au milieu carcéral. Les cellules sont disposées autour d’une tour centrale abritant un ou plusieurs gardiens. Ce dispositif permet ainsi de réduire leur nombre. Bentham souhaitait également que les surveillants soient dissimulés de sorte qu’ils puissent s’absenter. Il pensait que les détenus ne se risqueraient de toute façon pas à enfreindre le règlement ne pouvant savoir s’ils étaient vus ou non. Les prisonniers devenaient au final leurs propres surveillants.

Société sous surveillance

Si le projet ne connaît pas un grand succès à l’époque de Bentham, des prisons ont été construites sur ce principe depuis. La progression de la «pensée panoptique» est cependant loin de se limiter au monde carcéral et ouvrier et semble devenir aujourd’hui un projet de société. La multiplication dans les rues des caméras de vidéosurveillance («vidéoprotection» en novlangue) en est la preuve. D’ailleurs les caméras dites «dômes» (dans une demi-sphère souvent teintée) reposent pleinement sur le principe panoptique. « La caméra me regarde-t-elle ou non ? »

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Informatique et panoptique

Le développement des technologies de l’information, s’il a permis de grandes avancées, est aussi l’un des éléments essentiels de la société panoptique. L’informatique et Internet sont devenues indispensables pour la plupart d’entre nous, mais cela a un prix. Notre dépendance au réseau des réseaux nous oblige à faire confiance à des États et des entreprises qui n’en sont pas dignes.
Les révélations d’Edward Snowden concernant la surveillance à l’échelle mondiale opérées par la NSA sont essentielles pour que le grand public prenne conscience de ce problème. Pourtant elles jouent également en la faveur des agences de renseignements. Comme nous l’écrivions plus haut, le but de Bentham en dissimulant les gardiens était de créer une sorte de « super-surveillance » fictive, peu coûteuse et sensée supprimer chez les détenus toute tentation de révolte.
Malgré les moyens collossaux dont dispose la NSA (et les agences européennes qui travaillent avec elle), surveiller la totalité d’Internet et en retirer des informations pertinentes est un travail de titan. En revanche, laisser supposer à la population qu’elle est potentiellement espionnée permet de réduire les comportements dissidents et diminue le nombre de menaces sur lesquelles les renseignements doivent se concentrer. Si la NSA pouvait réellement tout voir, nous pourrions nous demander comment un attentat comme celui du Marathon de Boston a pu avoir lieu.

Ne rien lâcher

Un système panoptique repose donc avant tout sur la crainte, c’est-à-dire en grande partie sur du vent !
C’est pourquoi il ne faut pas se laisser aller au fatalisme ou, à l’opposé, à la paranoïa qui est stérile. Dans le dossier qui suit nous vous donnons des exemples d’outils permettant de compliquer la tâche aux différents organismes qui nous surveillent. C’est en adoptant tous les bons comportements que nous pourrons résister à ce modèle de société qui s’affirme de plus en plus.■

par Octobit.