En bref [Spasme n°13]

Avant que ça recommence…
Pensez à vous désinscrire des listes électorales !

Situation pénible, parfois honteuse, mais pourtant si fréquente : vous avez la malchance d’être inscrit sur les listes électorales de votre commune ! Que faire ? La désinscription n’est pas une possibilité administrative existante, une fois que c’est fait, c’est fait (pas la peine de vous rendre au bureau des inscriptions de votre mairie, on vous prendra pour un extraterrestre ou un radicalisé et vous risquez de finir en HP ou au poste).
Vous pouvez déménager en espérant qu’on ne vous retrouvera pas… ou bien, plus simplement, et c’est notre conseil, renvoyer systématiquement tous les courriers liés aux élections (carte d’électeur, tracts, etc.) en indiquant sur l’enveloppe « NPAI » (n’habite plus à l’adresse indiquée). La mairie finira par vous radier ou vous enverra un courrier recommandé vous demandant de prouver que vous résidez bien à cette adresse (vous n’aurez alors qu’à la renvoyer comme les autres) ; ça peut être long mais ça en vaut la peine.
Note : l’inscription sur les listes électorales a comme autre désavantage le fait de pouvoir être désigné, par tirage au sort, comme juré d’assises (désignation qu’on ne peut théoriquement pas refuser).

 

Austérité heureuse

Françoise Nyssen a été nommée ministre de la Culture du gouvernement d’Édouard Philippe. Proche du mouvement ésotérico-sectaire de l’anthroposophie fondé par Rudolf Steiner, elle était depuis 2015 membre de conseil d’administration de l’université d’Avignon. Étrange coïncidence, un diplôme universitaire basé sur la « pédagogie » Steiner était apparue dans la foulée. Placée sous la responsabilité du président Philippe Ellerkamp lui-même (visiblement friand de ces thèses), la formation semble ne pas avoir été reconduite pour la rentrée 2017.
Mais Françoise Nyssen est aussi et surtout la patronne des éditions Actes Sud, qui publient les livres de Pierre Rabhi, également proche de l’anthroposophie. La collaboration va plus loin puisque Cyril Dion, le co-réalisateur du film Demain, césarisé en 2016, et membre du « cercle de pilotage » du mouvement de Pierre Rabhi, Les Colibris, est aussi directeur de la collection « Domaine du possible » dans cette maison d’édition.On mesure le degré de subversion de cette mouvance prêchant la « sobriété heureuse », la non-violence béni-oui-oui et appelant de manière très moralisatrice « à faire sa part » avec la nomination de l’une de ses cadres dans le gouvernement d’un président qui s’est fait élire en assumant plus que jamais sa défense du capitalisme et qui veut inscrire l’état d’urgence dans le droit commun…

 

Quand le PAP débarque chez les papes

Le 24 mars dernier, une rencontre d’une ambition verdoyante (à couper le souffle des derniers électeurs EELV avignonnais ayant survécu à l’abattage des platanes) s’est tenue dans la fastueuse salle du Conclave du palais des Papes une rencontre des « Paysages de l’après-pétrole » (PAP). Il s’agissait de phosphorer sur une ville sans pétrole… ou plutôt, pour être un peu plus terre à terre, de s’émoustiller sur les nombreuses initiatives mises en œuvre par la mairie pour contenter les bobos du centre-ville en manque de nature : coulée verte du futur TRAM, pistes cyclables, végétalisation participative pour limiter les pics de chaleur, soutien actif aux agriculteurs de la ceinture verte et de la Barthelasse en privilégiant les circuits courts dans les cantines… figuraient parmi les exemples que l’on pouvait lire sur le programme. Telle la fable du colibri qui verse une goutte d’eau sur l’incendie, si chère aux adeptes du mouvement de Pierre Rabhi, la Ville d’Avignon voulait montrer qu’elle aussi « faisait sa part ». Sans vouloir minimiser les nobles ambitions de Cécile Helle et de son équipe et crier au green washing, il convient tout de même de relativiser les effets d’une jardinière de pétunias ajoutée sur le balcon de la mairie pour faire face au réchauffement climatique… car, bien au-delà de l’enceinte papale, les derniers paysans cultivant les terres agricoles de la ceinture verte coincées entre la Durance et la route de Marseille se préparent pourtant à un paysage d’une tout autre nature dessiné et planifié par ces mêmes élus… Grâce à un nouveau tour de table des collectivités impliquées dans la LEO (Liaison Est-Ouest ou projet routier de contournement de la ville par le sud via une 2×2 voies), notre mairesse s’exclamait sur son compte Facebook le 28 septembre dernier : « J’avais fait de la LEO une priorité de mon programme électoral et je me réjouis de cette concrétisation », suite à son annonce du bouclage du budget pour lancer les travaux de la tranche 2 dès 2018… Il semblerait bien que notre papesse drapée de vert coupera donc bientôt les vivres des bobos du centre-ville par des coulées de pétrole sur les derniers légumes cultivés au sud de la ville. Mais peut-être est-ce cela, les paysages de l’après-pétrole de nos schizophrènes politiques… la famine ? !

 

Le chiffre du Moi : 6,25 %

C’est le taux minimum d’ancêtres originaires d’Afrique que le collectif « afroféministe » Mwasi, initiateur du très médiatique festival Nyansapo qui se déroule du 28 au 30 juillet à Paris, estime nécessaire pour qualifier une personne d’« Afro-descendante ». Via la rubrique « FAQ » de son site le collectif renvoie en effet sur une page internet qui dit ceci :
« Qu’est-ce qu’un Afro-descendant ? Une personne née hors d’Afrique, mais ayant des ancêtres nés en Afrique subsaharienne en nombre suffisamment important pour que cela ait une incidence sur l’apparence ou la culture de cette personne.
Pour que les ancêtres nés en Afrique subsaharienne aient une incidence sur l’apparence, (le phénotype) d’une personne, il faut qu’ils représentent plus de 6,25 % du total des ancêtres (1/16e ou 4 générations). En-deçà, l’ascendance n’est évidemment pas décelable. Mais une ascendance subsaharienne infime peut néanmoins avoir une importance culturelle. On pourrait dire, pour simplifier, qu’un Afro-descendant est une personne dont un des grands parents au moins a ou avait un phénotype pouvant évoquer l’Afrique subsaharienne. »
Le collectif ne s’arrête pas là. Plus loin dans la même rubrique on trouve la perle suivante :
« ce n’est pas le fait de parler de race qui est raciste mais le fait de les hiérarchiser entre elles… nuance. »
Décidément, le courant autoproclamé de « l’antiracisme politique » auquel se rattache Mwasi est plein de surprises ! Combattre le racisme en revendiquant de bonnes vieilles appartenances raciales définies sur la filiation et des critères biologiques, il fallait y penser !

 

Clap de début ?

Nous avons déjà fait allusion dans plusieurs de nos articles au phénomène d’« ubérisation » de l’économie, qui permet à des entreprises de rétablir le travail à la tâche en ayant recours à des travailleurs en apparence indépendants mais qui dans la pratique leur sont subordonnés. Ce salariat déguisé et ultra-précaire (le travailleur cumule les désavantages du salariat et de l’autoentrepreneuriat) se développe principalement dans le domaine des services commandables par le biais d’applications sur smartphone. Depuis un an environ, c’est le secteur de la livraison de repas à domicile par des coursiers à vélo qui connaît un boom avec deux principaux concurrents : Deliveroo et Foodora. Port obligatoire d’un vêtement et d’un sac siglé au nom de l’entreprise, baisse progressive du prix des courses, pressions diverses de la part des managers, ruptures arbitraires de contrat, petit à petit des livreurs ont commencé à comprendre ce que signifient les mots « indépendance » et « fléxibilité » dans la langue du capital. À Paris, certains ont donc monté depuis quelques mois le Collectif des livreurs autonomes de Paris afin de se défendre face à leurs employeurs. Affaire à suivre !
(https://www.facebook.com/clap75/)

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