Gilet ou pas gilet : ça n’est pas la question !

La saison automne-hiver 2018-2019 aura probablement été l’un des moments de révolte les plus intenses qu’il nous ait été donné de vivre en France depuis longtemps. Se revendiquant du peuple, les Gilets jaunes posent un certain nombre de questions à ceux qui, comme nous, aspirent à une société où les classes seront abolies. À l’heure où le mouvement baisse en intensité, il s’agit donc d’en tirer un bilan provisoire et d’envisager quels dépassements dialectiques pourraient avoir lieu.

La grande claque pour la gauche

Les Gilets jaunes ont surpris tous les habitués des mouvements sociaux. La gauche, jusque dans ses franges les plus radicales, a subi un K.-O. debout. Ses militants ont dès le départ abordé la question sous un angle purement idéologique et caricatural. Selon eux, les pauvres ne pouvaient pas se soulever contre une hausse de la taxe sur le diesel. S’ils enfilaient le fameux gilet de sécurité, c’est qu’ils avaient été manipulés par la fachosphère. Début novembre, il est donc de bon ton de se moquer de ces gens qui défendent le « droit de polluer » sans comprendre les impératifs écologiques de notre temps. S’attaquer à la taxe diesel est même parfois considéré comme une résurgence poujadiste ! Il suffit pourtant de se renseigner sur le mouvement de défense des commerçants et des artisans créé par Pierre Poujade dans les années 1950 pour comprendre que les Gilets jaunes n’ont pas grand-chose à voir1. Certes ils comptent dans leurs rangs une frange petite-­bourgeoise – réduite à peau de chagrin au fil du temps – qui cherche à défendre ses intérêts. Mais, dès le départ, le mouvement cible la taxe sur le diesel, c’est-à-dire un impôt indirect touchant de nombreux prolétaires. Le petit patronat tente bien de glisser son combat contre les cotisations sociales parmi les revendications, mais, bien que l’idée ne soit pas rejetée nettement, son succès est très relatif. Au contraire, les revendications concernant les retraités modestes (hausse des petites retraites, maintien des pensions de réversion, hausse du plafond d’exonération de la CSG, refus de l’augmentation de la CSG) sont présentes dès le début du mouvement. Elles sont rejointes plus tard par une demande, certes timide et sujette à des intoxications patronales jouant sur la confusion entre salaires brut et net, de revalorisation du Smic. Les Gilets jaunes portent donc un ensemble de revendications bien trop contradictoires pour être qualifiées de poujadistes. Le fait que la gauche, de son côté, ne saisisse pas immédiatement en quoi le prix du diesel touche pleinement à la question sociale souligne le fait qu’elle est coupée depuis longtemps des exploités et ne s’intéresse plus vraiment à leur sort. Plus ennuyeux, nombre de révolutionnaires censés être contre le principe étatique ont prouvé leur incapacité à formuler une critique de l’impôt. Sous prétexte que le patronat se mobilise contre « les taxes » – façon de mettre dans le même sac impôts et cotisations sociales –, ils ne savent pas quoi en dire. Nous ne voyons pourtant pas en quoi il serait plus « sale » de défendre une position révolutionnaire au sein des Gilets jaunes que dans les habituelles mobilisations syndicales ne voyant pas plus loin que le salariat, l’État et la fonction publique… Certes, cette révolte, au départ antifiscale, est souvent très confuse, mais l’absence totale d’encadrement montre (au moins dans les premières semaines) que bien plus de dépassements y sont possibles que dans les mobilisations bien balisées et certifiées de gauche. Encore faut-il ne pas avoir peur de débattre avec des gens sans formation politique et ne pas limiter ses ambitions à faire le parasite « radical » au cul des militants professionnels, avec lesquels on est sûr que jamais rien ne bougera…

Un mouvement sans chefs ?

La nature du mouvement des Gilets jaunes risque de faire l’objet de longs débats pour les années à venir. Manifestant une défiance farouche envers la démocratie représentative et les organisations classiques, il se déclare immédiatement « sans chefs ». Le refus des Gilets jaunes de se ranger derrière des représentants est l’une des grandes difficultés posées aux pouvoirs politiques et médiatiques. Dans les premiers temps, les télévisions présentent une quantité incalculable de « portes-parole », qu’elles désignent souvent elles-mêmes en fonction du discours qu’elles veulent mettre en avant. Mais il suffit que ces invités disent un mot de travers ou s’engagent dans une voie qui ne fait pas consensus au sein du mouvement pour qu’ils se retrouvent harcelés, moqués, voire intimidés par la foule des Gilets jaunes. Ingrid Levavasseur et Hayk Shahinyan, longtemps adulés par les Gilets jaunes, voient ainsi leur popularité s’effondrer lorsqu’ils lancent leur liste électorale pour les européennes, soutenue par Bernard Tapie. Les appels au calme et à l’arrêt des blocages de Jacline Mouraud, figure du mouvement depuis ses origines, entraînent, quant à eux, sa disgrâce.
Un grand nombre de porte-parole autoproclamés des Gilets jaunes se voient également marginalisés au fur et à mesure que leur proximité avec des partis politiques sont révèlés. Frank Buhler, l’un des initiateurs du mouvement sur Facebook, est rapidement désavoué lorsqu’on apprend qu’il est passé par le FN et Debout la France. Le Toulousain Benjamin Cauchy paye, lui aussi, sa proximité avec le parti de Dupont-Aignan. Dans le ­Vaucluse, Christophe Chalençon, qui s’auto­désigne « chien de berger du peuple » et qui est médiatisé jusqu’en février, n’a plus guère de soutien sur le terrain dès le mois de décembre. Son activisme anti-islam, son soutien opportuniste à LREM durant les précédentes législatives et ses pratiques douteuses en affaires ont eu raison de lui, bien que les médias continuent de le solliciter pour ses sorties chocs.
Seuls quelques leaders principaux savent sortir du lot : Éric Drouet, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, alias « Fly Rider2 ». Leur longévité, malgré leurs désaccords, semble s’expliquer par leur capacité à surfer sur la tendance générale du mouvement et à s’adapter aux situations. Ils jouent le rôle de ce que les professionnels du marketing appellent des « influenceurs ». Se filmant au format selfie dans des vidéos en direct diffusées sur Facebook, ils apparaissent comme des gens « normaux », dont tout un chacun peut se sentir proche. Inspirant la confiance et consultant sans arrêt l’avis les internautes, ils proposent les orientations que doivent prendre, selon eux, le mouvement. Celles-ci sont immédiatement appuyées par des milliers de personnes dans tous les groupes Facebook de Gilets jaunes, souvent pour le pire. Maxime Nicolle donne, par exemple, un formidable écho à certaines thèses complotistes dont l’extrême droite inonde les réseaux (notamment celles concernant le pacte de Marrakech). On le voit également appeler les Gilets jaunes à retirer des banques l’argent qu’ils n’ont pas, espérant créer ainsi une panique bancaire. Plus tard, avec Drouet, ils appellent à la « grève générale » le 5 février, mais on sent qu’ils n’y comprennent pas grand-chose puisqu’ils appellent les patrons à la faire…
Le trio crée également de l’adhésion en jouant sur des références révolutionnaires face au gouvernement. Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle tiennent ainsi une conférence de presse devant la salle du Jeu de paume, à Versailles. En direct sur BFMTV, Éric Drouet appelle, quant à lui, à marcher sur l’Élysée avant de se rétracter face aux menaces de poursuites. Ils restent par ailleurs relativement neutres à propos de la violence des manifestants, tout en dénonçant abondamment celle de la police. Une voix qui contraste radicalement avec la déclaration intersyndicale du 6 décembre, dans laquelle les grosses confédérations se rangent du côté du gouvernement et « dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications3 ».
Est-il possible de déduire de tout cela que ces leaders jouent le rôle de chefs à proprement parler ? En agrégeant des communautés virtuelles autour d’eux sur la base de leur « parler vrai », ils pèsent sur le mouvement, mais sur les ronds-points et dans les manifestations ils ne sont pas non plus le centre des préoccupations. L’avenir nous dira s’ils finissent par se reconvertir dans la politique classique, mais il se peut aussi qu’ils retombent simplement dans l’anonymat.

Apolitique ?

Selon certains, « l’apolitisme » revendiqué par les Gilets jaunes n’était qu’une manière pour l’extrême droite d’avancer à visage masqué. S’il est évident que la fachosphère s’est beaucoup investie de manière plus ou moins affichée, cette interprétation est simpliste. L’apolitisme du mouvement recouvre des réalités diverses. Il est parfois à comprendre comme un rejet du cirque politicien, la politique étant perçue comme ce qui diviserait « le peuple ». Par moments, il peut néanmoins se révéler plus subversif car très ­antipolitique. Surtout dans la phase montante du mouvement, les revendications, extrêmement hétéroclites, servent souvent de support à l’expression d’une colère en réalité bien plus large, mais compliquée à formuler4. Dès le 18 novembre, les Gilets jaunes qui restent sur les ronds-points expliquent ainsi que la hausse de la taxe sur le diesel est « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » d’un malaise général. Et, en effet, l’annulation de celle-ci par Macron ne stoppera rien. Au fond, on ne lutte donc pas tant pour quelque chose en particulier, mais pour un tout difficile à cerner. Une volonté de vivre et non plus survivre s’exprime et elle dépasse les préoccupations gestionnaires auxquelles la politique confine. Un pic est atteint avec les émeutes qui ont lieu dans tout le pays le 1er décembre. Ce jour-là, la joie de la destruction paraît devenir le moteur principal de bon nombre de manifestants. La fièvre avec laquelle les quartiers bourgeois de Paris et de certaines villes de province sont saccagés est réjouissante. Si des groupuscules d’extrême droite ou d’extrême gauche s’illustrent ce jour-là, les principaux acteurs des émeutes sont avant tout des prolétaires provinciaux n’ayant jamais manifesté ni milité de leur vie et qui ne sont encadrés par aucune organisation. Le 8 décembre, interdits d’accès aux Champs-­Élysées à la suite des affrontements du samedi précédent, perdus dans une capitale qu’ils ne connaissent pas, ils s’attaquent aux arrondissements huppés alentour, qui leur tendent les bras.

Il est évident qu’au lendemain du 1er décembre nous sommes nombreux, en France et probablement au-delà, à avoir le sentiment de plonger dans l’inconnu. Pour la première fois depuis très longtemps, dans un centre du capitalisme mondial, le pouvoir politique et la bourgeoisie ressentent réellement la peur. Ils sont face à une révolte qui se radicalise et sur laquelle ils n’ont pas prise. La seul réponse envisagée est donc répressive : le gouvernement mobilise la totalité de ses effectifs de police en prévision du samedi suivant. En face, les Gilets jaunes sont mis face à leurs responsabilités : ils refusent la médiation par des chefs, et leur colère ne parvient pas à rentrer dans un corpus de revendications, il faut donc assumer l’autonomie et ne rien négocier. Mais cette brèche ouverte surprend le mouvement lui-même et ­l’effraye finalement. C’est précisément dans la semaine du 2 au 9 décembre que Maxime Nicolle promeut la revendication d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), qui était plutôt confidentielle jusque-là. Une majorité de Gilets jaunes s’en saisit alors et en fait sa revendication principale. Le RIC est une solution « magique » toute trouvée. Remettant à d’hypothétiques votations postérieures toutes les questions soulevées par le mouvement, en particulier celles liées à la classe, il n’est pas clivant. S’appuyant sur les travaux de « spécialistes » comme Étienne Chouard, le RIC paraît raisonnable, contrairement à l’impression de chaos laissée par les émeutes. Il permet d’avoir une réclamation claire à formuler au gouvernement. Peu importe que ce dernier y réponde favorablement ou non, le mouvement peut finalement rester dans le registre de la supplique au pouvoir. Le RIC est la résilience de l’ordre des choses. C’est là que le mouvement entame sa décrue et se calcifie progressivement en mouvement politique.

Souverainisme et antisémitisme

Si les blocages et les perturbations du commerce par les manifestations du samedi ont un impact économique probablement plus important que la plupart des grèves de ces dernières années, comme elles, ils n’ont pas pour objectif de s’attaquer réellement au capital. Les blocages de poids lourds, les radars détruits ou les opérations péages gratuits visent avant tout à combattre les « taxes », avec lesquelles nos gouvernants se gaveraient, à l’image des seigneurs du Moyen Âge. La plupart des prolos en gilet fluo prennent le risque de se faire écraser par un camion ou éborgner par un flic en se battant pour « la France », mais n’osent pas dire merde à leur patron. Si les grandes entreprises sont parfois visées, ce n’est pas tant parce qu’elles exploitent que parce qu’elles exploitent trop durement et qu’elles trichent avec l’impôt. Les patrons de TPE/PME sont, eux, épargnés par la critique des Gilets jaunes, bien que leurs organisations représentatives finissent par s’opposer clairement aux manifestations.
Sur internet, le mouvement est largement biberonné aux théories, répandues du NPA au RN, qui opposent une bonne économie « réelle » (nationale, souveraine, à échelle humaine) à une mauvaise économie « virtuelle » (mondialisée, financière, opaque). Visant à défendre les intérêts d’une bourgeoisie qui n’apparaît pas nettement liée au capitalisme international contre celle qui l’est pleinement, ce type de critique tronquée du capitalisme nie les rapports d’exploitation et veut substituer à la lutte des classes un combat contre les inégalités de richesse. Ces théories présentent donc un aspect souverainiste et ciblent « l’oligarchie », les « 1 % », les « 200 familles » ou « les Juifs ». Ajoutons qu’une proportion difficile à évaluer, mais non négligeable, de Gilets jaunes est sensible aux théories antisémites propagées par la galaxie soralo-dieudonniste.
Cela explique le déni quasi général des Gilets jaunes face au caractère raciste de l’agression verbale subie en marge de la manifestation du 16 février par le philosophe réactionnaire Alain Finkiel­kraut. Comme pour ajouter du lamentable au lamentable, c’est à ce moment-là qu’une partie de l’extrême gauche parisienne juge bon de se rappeler à nos esprits (nous l’avions un peu oubliée, il faut l’avouer). Bien que très éloignée de la réalité du mouvement, elle théorise depuis plusieurs semaines une hypothétique séparation entre « quartiers populaires » et Gilets jaunes fondée sur les « races sociales » et s’est mise en tête qu’il faut faire converger ces deux entités5. Le 19 février, face à un pouvoir qui appelle à des rassemblements contre l’antisémitisme afin d’exploiter l’incapacité des Gilets jaunes à faire le ménage dans leurs rangs (voire à comprendre de quoi on leur parle), le Parti des Indigènes de la République, l’Union juive française pour la paix, le NPA ou encore l’Action antifasciste Paris-banlieue invitent à un contre-rassemblement à ­Ménilmontant. L’initiative promet de dénoncer « l’antisémitisme, son instrumentalisation et tous les racismes ». Dans les faits, ses animateurs relativisent surtout la réalité de l’anti­sémitisme au sein des couches « populaires » de la société française, qu’il provienne des « quartiers » ou des « Blancs » de province, malgré ses manifestations épisodiques mais flagrantes dans les cortèges de Gilets jaunes (« quenelle », fixette sur Rothschild…). Appliquant la même recette qu’avec les banlieues qu’elle peine à draguer, cette extrême gauche pense que c’est en avalisant ce qu’il y a de plus crasseux dans le mouvement social qu’elle parviendra à s’y incruster.

Et après ?

Partant de ces constats, il a pu être tentant pour certains de renvoyer les Gilets jaunes à un phénomène se rapprochant du fascisme. Il s’agit de fantasme. À l’heure actuelle, aucun leader à poigne ne s’est dégagé. Dans la rue, les tentatives des quelques dizaines de militants identitaires de s’imposer en tant que service d’ordre dans les manifestations ont finalement échoué. On est très loin des centaines de milliers de SA ou de Chemises noires circulant dans les rues les années précédant leur prise du pouvoir respective. Parmi les revendications très hétéroclites, le thème de l’immigration, poussé à fond par ­l’extrême droite, a été mis de côté car trop clivant. Le RIC, que certains ont vu comme l’équivalent des plébiscites de systèmes politiques autoritaires, est surtout un symptôme aigu du démocratisme béni-oui-oui qui sévit depuis des années. Remarquons enfin que, malgré la forte implication médiatique russe via la chaîne de télévision RT, le mouvement ne s’est jamais rapproché concrètement de régimes d’extrême droite étrangers qui auraient voulu le soutenir. La seule rencontre entre un responsable d’un autre pays et un Gilet jaune fut celle entre le vice-Premier ministre italien, Luigi di Maio (Mouvement 5 étoiles), et Christophe Chalençon, déjà largement discrédité. En définitive, les thèses de la droite dure ont trouvé une caisse de résonance inhabituelle dans le mouvement, mais elles n’ont pas réussi à lui imposer ses projets politiques. Si les Gilets jaunes sont bien une manifestation du « moment populiste » dont se réjouissent certains intellectuels d’extrême droite (Alain de Benoist) ou d’extrême gauche (Chantal Mouffe), il manque bien trop d’ingrédients pour en faire des fascistes.
Impossible évidemment de savoir de quoi l’avenir sera fait et de quoi les Gilets jaunes sont annonciateurs. Constatons tout de même quelques dépassements intéressants. La léthargie proflics liée au contexte antiterroriste a explosé. Alors qu’on déplore l’atomisation des rapports humains, des gens ont passé trois mois d’hiver sur des ronds-points et ont tissé du commun dans une lutte. Si les questions de classe sont difficiles à aborder, l’image du petit commerce a quand même été écornée par ses plaintes incessantes envers les manifestations du week-end. Les boutiquiers se sont peu a peu révélés pour ce qu’ils sont : une catégorie détestable qui ne pense qu’à sa gueule. Le saccage des Champs Élysées le 16 mars n’a pas fait pas pleurer grand monde. La gauche et les syndicats (dont le rôle de supplétifs du pouvoir a été rendu flagrant) se sont quant à eux fait laminer, et c’est tant mieux. Des petites victoires qui restent néanmoins maigres et incertaines.
Le repli nationaliste face aux problèmes globaux du capitalisme est évidemment inquiétant. Cette option pourra-t-elle être crédible encore longtemps ? Trump, ­Bolsonaro, ­Poutine ou encore le couple Salvini-Di Maio ont, pour l’instant, le vent en poupe. Pourtant cette amicale « illibérale6 » ne fait pas le poids face à la concurrence interétatique. Poutine a peut-être aidé Trump à se faire élire, mais ils ne peuvent pas s’entendre sur le sort du Venezuela. Les États-Unis et la Chine se livrent une guerre commerciale féroce. En Europe, la mise en place du Brexit est, de son côté, une vraie chienlit. Partout, le mensonge d’une justice sociale à l’échelle nationale sera difficile à tenir longtemps. À l’été 2018, on signalait des manifestations en Russie contre la réforme des retraites de ­Poutine, et cet hiver, en Hongrie, les travailleurs défilaient contre la casse du droit du travail par Orbán.
Si la question de participer ou non aux Gilets jaunes a pu être un dilemme pour plus d’un camarade, elle est en fait secondaire. Le suivisme bêta tout comme l’extériorité passive sont à éviter quoi qu’il arrive. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un luxe mortel de croire que l’on peut se dispenser de porter une critique révolutionnaire intransigeante. L’histoire s’écrit sous nos yeux, faisons en sorte que cela soit pour une société meilleure !

M.

  1. Voir par exemple Ferdinand CHARBIT, « Le mouvement Poujade », La ­Révolution ­prolétarienne, no 93, pp. 7-9. Consultable sur le site Archives Autonomies à l’url : ­http://­archivesautonomies.org/spip.php?article1657 []
  2. Il y a d’autres figures relativement importantes, mentionnons notamment François Boulo et Jérôme Rodrigues. []
  3. « Déclaration des organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, et FSU », 6 décembre 2018, consultable à l’url : https://www.cfdt.fr/portail/presse/­communiques-de-presse/declaration-des-­organisations-syndicales-cfdt-cgt-fo-cfe-cgc-cftc-unsa-et-fsu-srv1_631623 []
  4. Bien que nous ayons des réserves sur certains points de son analyse, l’historien Gérard Noiriel observe très bien ce phénomène dès la fin novembre en montrant que le thème de la fiscalité exprime en réalité un ras-le-bol général. Gérard ­NOIRIEL, « Les Gilets jaunes et les “leçons de l’histoire” », Le populaire dans tout ses états, 21 novembre 2018, url : https://noiriel.wordpress.com/2018/11/21/les-gilets-jaunes-et-les-­lecons-de-lhistoire/ []
  5. Pour réfuter ce point de vue, voir Nedjib SIDI MOUSSA, « Gilets jaunes et banlieues françaises : une convergence impossible ? », Middle East Eye, 19 janvier 2019, url : https://www.middleeasteye.net/fr/opinion/gilets-jaunes-et-banlieues-francaises-une-convergence-impossible []
  6. On qualifie de démocratie illibérale un régime privilégiant « l’État de justice » à « l’État de droit » ce qui a pour conséquence de réduire les libertés individuelles. La Hongrie de Orbán est qualifiée ainsi. []

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *